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Premier épisode : Présentation générale de la politique de grands barrages au Kurdistan

Le premier épisode de la série documentaire sera consacré à la ville de Diyarbakir, pôle urbain du Kurdistan turc. Cet épisode tentera de dresser un bref historique de la relation entre l’Etat turc et le Kurdistan et un bilan de la situation politique et sociale actuelle dans la région.

Le documentaire est en mp3 et est d’une durée de 52 minutes et 37 secondes.

Il peut-être écouté par le biais du lecteur ci-dessous.

Texte :

Le premier épisode de la série documentaire sera consacré à la ville de Diyarbakir, pôle urbain du Kurdistan turc. Cet épisode tentera de dresser un bref historique de la relation entre l’Etat turc et le Kurdistan et un bilan de la situation politique et sociale actuelle dans la région. La démographie de Diyarbakir a explosé au début des années 1990, lorsque qu’une forte population rurale est venue s’y installer. Le conflit entre la communauté kurde et l’état républicain turc est la cause majeure de cet exode. De nombreux villages ont été vidés et des zones militaires ont été installées de manière à contrôler les territoires. Les villageois ne pouvant plus effectuer les déplacements quotidiens nécessaires à leur survie ont du vivre une émigration forcée vers les grands pôles urbains. Diyarbakir en fait partie comme de nombreuses villes à l’ouest de la Turquie comme Istanbul, Izmir, Ankara.

Les effets sociaux sont importants puisqu’une grande partie de la population d’origine rurale se retrouve contrainte de vivre dans un tissu urbain non préparé à accueillir une masse aussi importante de personnes. De grandes lacunes au niveau des réseaux d’eau, d’électricité mais aussi en terme d’éducation se font ressentir. De plus, la population nouvellement arrivée se retrouve alors coupée des liens sociaux ruraux et obligée à subvenir à des besoins de manière financière. Outre les phénomènes de pauvreté apparaissant, beaucoup de structures sociales témoignent d’une jeunesse en manque de perspective du à des racines communautaires bouleversées. Mais Diyarbakir présente un atout majeur en comparaison aux autres grandes villes d’accueil : elle est dans le territoire kurde. Ainsi, les populations des villages kurdes sont mieux accueillies et intégrées à la vie urbaine de la cité. Les victoires successives du DTP aux élections municipales de 1999 à 2009 en sont une preuve concrète. Le DTP est le parti majoritaire kurde en lien avec le PKK (Parti des travailleurs kurdes en guerre contre l’état turc depuis 1984). Depuis 1999, une nouvelle phase s’opère après la guerilla : le passage à long terme vers une démocratie participative, la lutte armée se nourrit d’un travail social voulant faire participer un maximum de kurdes. C’est dans ce contexte qu’en septembre 2009 le DTP organise le premier forum social mésopotamien pour discuter des nouvelles voies politiques de travail. Il y est question de la gestion des municipalités, d’éducation, de média alternatifs mais aussi de la gestion de l’eau, au coeur de très nombreuses préoccupations dans la région. Les intervenants de ces conférences témoignent aussi d’un phénomène sociologique important dans la communauté kurde : les enfants d’émigrants kurdes de l’ouest revenus dans le sud-est anatolien après avoir effectués des études à un haut niveau dans les universités des grandes villes de l’ouest de la Turquie. Ils font partie de ce que l’on apelle souvent les kurdes assimilés. Mais, bien qu’assimilés, ils gardent un attachement fort à des revendications culturelles kurdes.

Depuis la capture en 1999 du leader du PKK, Ocalan, la république turque a tenté de modifier sa politique d’assimilation républicaine. L’été 2009 est un tournant important dans cette politique. C’est dans cette période qu’est votée la première loi autorisant des média à utiliser la langue turque, qui reste toutefois interdite d’utilisation dans la sphère politique. Durant l’automne 2009, une délégation de paix de guerilleros du PKK est autorisée pour la première fois à rentrer sur le territoire turc. Elle fera durant un mois une tournée dans les principales villes du Kurdistan sans être toutefois invitée à rencontrer les dirigeants du pays à Istanbul. Dans le même temps, les assassinats orchestrés par des militaires sur des personnes de la société civile continuent. On assiste donc à une confrontation de situations paradoxales : d’une part, des discours politiques d’ouverture et, d’autre part, des pratiques militaires et paramilitaires encore très présentes (assassinat d’une jeune fille, fusillades entre bandes paramilitaires rivales, assassinat d’un militant du DTP, incarcération de députés du DTP). Certes, la politique d’assimilation républicaine a pris d’autres formes mais elle reste encore la seule religion obligatoire en Turquie.

Willem Foe, en 1950, prétendait que l’installation d’un système hydrologique sur un territoire étendu était la première étape d’une politique de création d’un état central fort. C’est à peu près dans la même période que les premières propositions d’une politique de construction de grands barrages sont apparues dans la république turque. En 1954, le grand barrage d’Illisu près de Batman est suggéré pour contrôler le débit du Tigre, fleuve aux enjeux géopolitiques importants puisqu’il coule en aval en Irak.

Ce n’est qu’à la fin des années 80 que cette politique voit un jour concret avec la création du projet GAP. En 1989, le grand barrage d’Ataturk, près de Sanliurfa, est construit. Jusqu’à 2009, une vingtaine de grands barrages ont été construits contraignant de nombreux villages à être déplacés. Si l’objectif affiché par ce grand projet était de créer de l’énergie, d’assurer une meilleure irrigation, et d’urbaniser une région agricole éloignée des pôles industriels, sa réalisation mit au jour la volonté étatique de briser les solidarités locales qui permettaient le maintien d’une forte organisation de résistance armée au sein d’une population qui refusait dans sa majorité l’assimilation à l’identité nationale turque. En effet, à ce jour, seul 17% des objectifs d’irrigation de ce grand projet de barrages alors que 85% de l’hydroélectricité prévue est produite et vendue vers l’extérieur (région de l’ouest de la Turquie ou étranger). De nos jours, des projets de barrages sont encore en cours ou en attente de financement. Comme pour les précédents, les objectifs affichés sont l’électricité et l’irrigation. Mais ces projets présentent aussi des aspects millitaires importants en coupant les voies de communication entre les massifs montagneux de la région kurde. A Hakkari et Sirnak, la situation est encore plus précise puisque aucune infrastructure hydro-électrique ni d’irrigation n’a été prévu pour accompagner les 11 barrages. A Dersim, région dévastée par un génocide et 25 ans de conflit, les barrages vont tout simplement détruire les deux vallées principales.

Intervenants : Extraits de conférences du Forum social mésopotamien 2009 ; Necati, adjoint à l’urbanisme à la mairie de Diyarbakir ; Ercan Ayboga, hydrologue ; Yilmaz Akinci, journaliste pour Al-Jazeera ; Nurcan Baysal, coordinatrice du programme de développement rural à Diyarbakir ; Gunes, journaliste pour l’agence de presse DIHA ; Zeynep Kadirbeyoglu, politologue à l’université Bozgaci d’Istanbul ; Olivier Rouault et Maria-Grazia Masetti Rouault, archéologues spécialistes de l’histoire mésopotamienne.

P.-S.

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